Les nouvelles Métamorphoses 2013

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Les nouvelles Métamorphoses
Orangerie de La Mothe St-Héray & Commanderie de St Marc la Lande
22 juin – 14 juillet 2013

La presse féminine de mode véhicule des messages contradictoires sur le corps de la femme, à la fois de libération et d’enfermement, et ceci, me semble-t-il, en grande partie à cause des ambiguïtés de la photographie. Le média «photographie» prêtant toujours à confusion sur le réel qu’il est censé représenter, les magnifiques images de corps sublimes qu’il nous expose ont des effets secondaires assez pervers : réalisant nous-mêmes des photographies souvenirs purement référentielles, nous croyons à l’existence réelle de ce que nous voyons reproduit. Alors qu’il s’agit de pures visions d’artistes.

Les photographes travaillent leurs images comme les peintres.

    • Ils peignent directement leur modèle avec le maquillage (qui doit être vu comme un déplacement de l’acte de la peinture, avec couleurs et pinceaux, de «sur la toile» à «avant la toile»).
    • Ils manient avec une grande dextérité la composition des tâches de couleurs, des formes des vêtements et accessoires, ainsi que l’environnement et les lumières.
    • Ils composent une scène, une sculpture-toile, avant de la figer par la prise de vue, en nous donnant bien souvent, en plus, l’impression de la facilité et de la spontanéité d’un moment naturel saisi presque fortuitement.
    • Dans un deuxième temps, depuis l’avènement du numérique, les photographes redeviennent des peintres «normaux» : ils travaillent et fabriquent littéralement leurs images à partir de la base obtenue : ils lissent, améliorent, changent couleurs et contrastes, gomment les défauts, etc. (Il faut rappeler que ces retouches existaient déjà avant le numérique et qu’elles se faisaient alors directement sur des tirages, avec peintures, pinceaux et aérographes).

Au final, ce ne sont pas des être humains que nous voyons : ce sont des images hyper travaillées qui à mon sens mériteraient de porter le nom de «peintures photographiques». Mais nous y croyons tout de même car elles sont noyées dans un pétillement d’images en tout genre, de textes, de titres, de couleurs, de fausses mini-interviews de lectrices, de photos d’accessoires, de conseils où tout est toujours simple et gai (en 2 titres, 3 petits paragraphes, quelques produits miracles et 5 minutes, vous savez comment avoir un corps de rêve…). Dans ce mini feu d’artifice, tout s’embrouille et se met au même plan : nous feuilletons et refermons un numéro en retirant une impression générale de ce qu’est (ou doit être) une femme. Et en plus, c’est facile, ludique et joyeux ! C’est la libération de tous les problèmes !

Avec la presse féminine de mode, nous sommes plongés dans un autre monde parfaitement irréel qui se fait passer pour réel.

L’envie est déclenchée, la solution est hyper facile, le corps est libéré de toute lourdeur ! Alors vraiment, si on n’y arrive pas, c’est qu’on est plus que nul(le) ! Là commence la frustration et l’emprisonnement : ça ne marche pas ! Et ça doit venir de nous puisqu’il y a dans le magazine tant de témoignages et de sujets sur des femmes qui y arrivent et sont si merveilleuses et drôles. La libération promise et attendue est immédiatement suivie de son emprisonnement. Emprisonnement qui trouvera un répit dans le feuilletage (ou devrait-on dire «la consommation», presque comme un soda en canette) du numéro suivant, accompagné de nouvelles promesses de facilité.

Les travaux que je présente s’attacheront à montrer le coté fictif de ces images et leur dualité «libération-emprisonnement».

    • Sur écran, en plaçant l’image dans un espace et en tournant autour, je rappelle qu’il ne s’agit bien là que d’une image et non pas d’un réel.

En la réinterprétant et en obtenant une sculpture 3D à partir des données numériques de cette image, j’insisterai : cette image n’était bien qu’une série de données, un matériau de travail pour artiste, et ces données peuvent être utilisées et interprétées autrement que pour obtenir ce que nous appelons une «photographie», pour s’éloigner carrément du réel au lieu de faire semblant d’en être la transposition fidèle. Le rapport à l’image sera alors plus sain, l’ambiguïté sera levée : ce n’est pas le réel, ça ne l’a jamais été, c’est un travail d’artiste, un travail d’interprétation. Plus symboliquement, l’image déformée du corps obtenue, qui ne peut s’échapper, évoquera les immenses contraintes que lui fait subir la mode.

    • D’autres objets, en décalant, déformant et réinterprétant des images, des pages ou des numéros entiers de cette presse, s’attacheront également à se distancier de leur contenu, à mettre en évidence le coté «consommation du corps», puis les déformations et contraintes induites.

Je venge les femmes (!) sur les déformations qui leur sont demandées, en déformant à mon tour le matériau, comme une reprise de pouvoir sur ces éléments si contraignants, pour mieux les montrer pour ce qu’ils sont, juste du papier et de l’encre, qu’il ne faut pas hésiter à tordre à sa guise, physiquement ou symboliquement.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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